Les Français tiennent aux panneaux radars

Le 16/05/2011

Selon notre sondage, plus de deux tiers des Français veulent le maintien des panneaux signalant la présence des radars automatiques

Souligner que les nouvelles mesures de sécurité routière alimentent depuis trois jours les conversations au zinc, à la machine à café ou à la table familiale relève de l'euphémisme. 40 millions d'automobilistes et de motards français seraient presque en colère. Sur le Net, notamment sur le site de « Sud Ouest », où les articles traitant de ce sujet sont de loin les plus commentés, s'exprime l'ampleur de la grogne.

Fallait-il pour autant ne rien faire quand, depuis quatre mois, le chiffre des décès s'est emballé (+ 20 %). En 2007, ces morts et blessés de la route (même si le politiquement correct assure que « la vie n'a pas de prix ») coûtaient encore au pays 25 milliards d'euros, soit 1 % du PIB.

La réaction du gouvernement est-elle excessive ? Chacun sait que le nombre de tués sur le bitume a été divisé par quatre en quarante ans. Cette tendance lourde a une histoire faite d'oukases politiques et de mesures coercitives, rarement populaires et qui n'ont jamais faibli.

Dès juin 1973

Les premières lois à attaquer de front l'hécatombe datent de juin 1973 : près de 16 000 personnes se tuaient alors chaque année au volant. Pierre Messmer impose des limitations : 110 km/h sur les routes « à grande circulation » et 100 km/h sur les autres. Le port de la ceinture de sécurité devient obligatoire hors agglomération ; celui du casque pour les conducteurs de cyclomoteur également, aussi bien dans les villes qu'en dehors.

Novembre 1974 : le nombre de morts sur les routes passe sous le seuil des 14 000. Les limitations de vitesse sont généralisées : 90 km/h sur route, 110 sur les voies express, 130 sur autoroute. Et bientôt 50 en ville.

14 juillet 2002 : la réduction n'est pas suffisante aux yeux de Chirac, lequel sonne la mobilisation nationale. Pour répondre aux 8 000 morts surgissent en novembre 2003 les premiers radars automatiques. Depuis, l'effet conjugué de ces mouchards et du permis à points (inventé en 1992) a divisé par deux les statistiques. Le bilan tant redouté est passé de 7 600 à 4 200 morts, de 162 000 à 90 000 blessés.

Au moins, dans ce domaine, les élus peuvent-ils se targuer d'avoir obtenu des résultats. Du reste, l'État - donc nous, citoyens - y gagnerait deux fois. Les radars ont ceci d'épatant qu'ils rapportent en coûtant peu - bien moins que les salaires de forces de l'ordre supplémentaires. Depuis 2002, ils ont permis d'épargner 11 000 vies.

Les Français ont-ils modifié leurs comportements ? Oui, partout ils roulent plus lentement : moins 10 km/heure en moyenne. C'est si vrai que, l'an passé, les recettes des flashs ont diminué pour la première fois, tellement nous avons levé le pied. Mais, si l'État a toujours préféré agir sur le comportement des citoyens plutôt que de forcer les constructeurs à limiter la puissance des berlines, et les transporteurs à mieux réguler les heures de route de leurs chauffeurs de poids lourds, c'est aussi parce qu'il trouve l'aubaine d'une poule aux œufs d'or. Cette hypocrisie, les automobilistes et motards devenus plus prudents que leurs aînés des années 1970 la reprochent aujourd'hui aux mesures électrochocs de Claude Guéant.

En effet, la plupart des points perdus et des amendes réglées par les conducteurs (90 euros pour 1 point perdu) le sont sur les trajets quotidiens boulot-dodo. Les exemples sont légion : entre Rochefort et La Rochelle, à l'entrée d'Angoulême par la côte de Fléac, entre Morcenx et Bayonne, sur la rocade de Bordeaux ou le chemin de Cadillac. C'est-à-dire sur ces axes de trajets pendulaires où a poussé la majorité des 1 700 radars français. Les salariés enragent. On peut comprendre. Matin et soir, ils enclenchent le pilotage automatique sur ces déplacements trop connus : le panneau signalant le radar est finalement devenu pour beaucoup, et à leur insu, une aide permettant de rester vigilants.

Responsables mais pas dupes

Sa disparition programmée est ressentie comme l'envie cachée du gouvernement de forcément piéger et ponctionner les porte-monnaie. C'est particulièrement vrai pour ces citoyens que leurs revenus modestes contraignent à s'éloigner des villes pour se loger moins cher. Ceux-là n'ont d'autre solution que d'utiliser leur voiture pour aller au travail. Or l'envolée du prix du carburant les pénalise déjà durement. C'est dans ce contexte qu'il faut lire les résultats de notre sondage. Oui, les Français plutôt responsables trouvent normal d'être sanctionnés en cas d'ivresse, comme ils conviennent des dangers du téléphone portable au volant. En revanche, ils ne pardonnent pas au gouvernement de les prendre, sans le dire vraiment, pour des distributeurs de billets : il n'a échappé à personne que les radars fixes fleurissent d'abord le long des axes fréquentés plutôt que dans les zones accidentogènes.

Source : sudouest.fr

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